| Accueil |
|---|
Biographie de Tristan |
|---|
| liste des membres | |
| Tristan L'Hermite | |
| calendrier des activités | |
| Amédée Carriat | |
| comptes-rendus | |
| contactez-nous | |
| liens connexes |
(texte de Jean-Pierre Chauveau)Le roman des origines de Tristan François L’Hermite naquit en 1601 ( ?) au château du Solier, dans la Marche (aujourd’hui commune de Janaillat, dans la Creuse), d’une famille pauvre, mais noble ; elle prétendait en effet remonter au prédicateur de la première croisade, Pierre L’Hermite, sans oublier Tristan L’Hermite, ministre de Louis XI, auquel le jeune François, autour de sa vingtième année, se référa sans doute – à moins qu’il n’ait songé aussi, et peut-être surtout, au héros du roman médiéval et à l’aura romanesque qui est la sienne– lorsqu’il choisit vers sa vingtième année pour nom de plume le nom de Tristan. Son père, pour le préparer à son métier de noble, c’est-à-dire d’abord à mettre son épée au service du roi, l’arracha très tôt au milieu familial et à sa terre natale pour l’envoyer à la cour en qualité de page. Ce que furent cet arrachement et les traces que celui-ci laissa, on peut le deviner en lisant Le Page disgracié, roman « comique », mais certainement à forte teneur autobiographique, qu’il écrivit et publia en 1642, alors qu’il était déjà depuis longtemps un écrivain confirmé. Le récit, en effet, évoque la dure initiation d’un enfant puis d’un jeune homme, très tôt attiré par la littérature d’évasion, poésie, roman, théâtre, comme par la littérature savante à la manière des humanistes, mais pour qui l’expérience de l’amitié, de l’amour et de la vie de cour conduisent vite à la désillusion. Aussi peut-on dire que toute l’œuvre de Tristan ne cessera guère d’exprimer l’échec, le sentiment d’un irrémédiable exil, et concurremment la nostalgie d’un monde harmonieux et réconcilié. Tristan et ses mécènes Attaché dès 1623 à la maison de Gaston d’Orléans –« Monsieur »- auquel il restera désespérément fidèle, sans qu’il y ait véritablement un retour, pendant une vingtaine d’années (il suivra Monsieur dans sa révolte contre Louis XIII et Richelieu, notamment dans ses équipées en Lorraine et aux Pays-Bas, entre 1629 et 1635), puis, plus épisodiquement à d’autres protecteurs comme le financier Montauron, la duchesse de Chaulnes, le comte de Saint-Aignan, le chancelier Séguier, et Henri de Guise, duc de Lorraine, dans l’hôtel duquel il s’éteindra, miné par la phtisie, le 5 septembre 1655. Tristan poète Tristan s’est fait d’abord – et très tôt, dès 1623-1624 – connaître comme poète lyrique. Ses premières pièces publiées (à partir de 1624) appartiennent à la catégorie des poèmes « liminaires », qui ornent l’édition des œuvres d’un confrère : manière d’exprimer son admiration et ses goûts, manière aussi de se faire reconnaître par le milieu des écrivains. Mais simultanément, Tristan s’inscrit parmi les poètes qui célèbrent les Grands de manière à attirer leur attention et leurs faveurs. Attaché à la maison de Monsieur, Tristan va donc célébrer Gaston d’Orléans en lui fournissant des vers pour ses divertissements , les ballets notamment, pour servir ses amours, et surtout célébrer ses hauts faits : ainsi sa première composition d’envergure, La Mer, publiée en 1628, exalte la participation du prince au siège de La Rochelle ; d’autres pièces consacrées à la gloire de Monsieur, composées entre 1628 et 1645, et publiées dans les recueils successifs, notamment La Lyre (1641) et les Vers héroïques (1648), prolongent cette veine, où le modèle malherbien n’est pas loin, en dépit d’un scepticisme grandissant que le poète n’hésite pas à afficher simultanément dans des épigrammes qui parsèment les mêmes recueils. Au reste, il est peut-être encore plus personnel et attachant lorsqu’il met à profit la tradition humaniste dont il est nourri et les affinités profondes qui le relient tant aux Italiens les plus récents (Marino, par exemple) qu’à son aîné Théophile de Viau, tous plus ou moins tributaires de la tradition pastorale, pour complaire autrement à ses amis comme au public aristocratique et lettré de son temps, soit en exaltant les splendeurs de leur demeure (La Maison d’Astrée, composée dès 1626), soit en transposant à leur intention des récits mythologiques (L’Orphée, dédié à son ami le musicien Berthod, La Mort d’Hippolyte, dédié à un médecin, Charles de Lorme), soit en se révélant comme l’un des plus inventifs et talentueux poètes de l’amour avec ses Plaintes d’Acante (1633), prolongées et enrichies dans Les Amours (1638). Tristan dramaturge Mais si, jusqu’à sa mort, Tristan n’a jamais cessé son activité de poète lyrique, son retour à Paris en 1635, après l’intermède bruxellois imposé par sa fidélité à Monsieur, lui permet de prendre ses distances et d’élargir son horizon. Pour lui, le temps du théâtre est venu, et il commence par un coup d’éclat avec sa tragédie La Mariane, qui précède de peu Le Cid sur la scène du Marais (1636), début d’une carrière d’auteur dramatique qui se prolongera jusqu’en 1654, avec des succès très divers, et selon des inspirations multiples (des tragédies : Panthée, La Mort de Sénèque, La Mort de Chrispe et Osman, une tragi-comédie : La Folie du sage, une pastorale : Amarillis, et une comédie :Le Parasite. À partir de là, sa réputation de dramaturge (surtout celle de « l‘auteur de La Mariane ») éclipsera pour longtemps (au moins jusqu’à la fin du XIXe siècle) sa réputation de poète lyrique, que pourtant, on l’a vu, il ne cessera d’entretenir, de plus en plus solitaire il est vrai, à une époque qui se complaît surtout dans une poésie légère et superficielle relevant du jeu mondain Tristan en prose Il semble bien que le retour à Paris en 1635 ait amené Tristan à prendre conscience à la fois du caractère toujours plus fallacieux et illusoire de la protection d’un maître aussi imprévisible que Gaston d’Orléans, et de ses potentialités d’écrivain, et d’écrivain « polygraphe » [voir ci-dessous la rubrique : « Tristan, un auteur polygraphe »], c’est-à-dire d’un écrivain capable de recourir à des formes et à des modes d’écriture très variés, sans risque de compromettre l’unité et la signification d’une œuvre profondément personnelle et originale. Car les années 1640, à côté de la poésie lyrique et du théâtre, révèlent chez Tristan, du moins aux yeux du lecteur d’aujourd’hui, un grand écrivain en prose, qu’il s’agisse de formes conventionnelles quand il produit des recueils comme les Lettres Meslées (1642) ou les Plaidoyers historiques (1643), ou qu’il s’aventure sur des terres plus neuves avec son récit à caractère autobiographique Le Page disgracié (1642).Ce récit symbolise d’une certaine manière ce que fut le parcours de Tristan : celui d’un noble qui a relevé le déclin irrémédiable de la noblesse à laquelle il appartient en devenant poète. Le rêve héroïque fait place alors à une lucidité à la fois fière et désabusée. La mort de Tristan Les dernières années du poète, marquées par les progrès de la maladie, et aussi par les désordres de la Fronde (pour échapper auxquels il songe un moment à s’exiler à la cour de la reine Christine de Suède) se font naturellement l’écho de ce désenchantement. À partir de 1645, il rompt avec Monsieur, et cherche ailleurs des protections, auprès de la duchesse de Chaulnes, de la régente Anne d’Autriche, du comte de Saint-Aignan, du duc de Guise et du chancelier Séguier (auquel il doit son élection à l’Académie française en 1649). La protection de Séguier, austère et dévot, se comprend mieux si l’on prend garde à l’évolution probable d’un Tristan vieillissant, malade et tenté par la dévotion, comme l’atteste peut-être dès 1646, la publication à compte d’auteur d’un manuel de dévotion en prose et en vers intitulé L’Office de la Sainte Vierge. Sa mort discrète à l’hôtel de Guise, le 5 septembre 1655, préfigure le silence qui va s’abattre sur lui et sur son œuvre dès la fin du XVIIe siècle, un silence dont il ne ressortira que deux siècles plus tard. La thèse de N.-M. Bernardin qui le remet en lumière date en effet de 1895. Dès ce moment en effet, on a l’impression que pour lui l’histoire va enfin se remettre en marche. Jean-Pierre CHAUVEAU
|
|---|